Les témoignages de Gabriel et de sa mère de cœur
Préface
Annie : Je suis la maman de cœur de Gabriel, et pour nous, l’école à la maison est devenue une véritable nécessité pour soutenir son épanouissement et son bien-être. Gabriel est un bébé que nous avons accueilli dès ses premiers jours et adopté à l’âge de 3 ans. À son arrivée, nous avons découvert qu’il était en sevrage sévère, ce qui a entraîné certains défis sur le plan des apprentissages et du développement; comme le TDAH, des troubles mnésiques, des difficultés en lecture et écriture, le nystagmus et des besoins affectifs particuliers liés à l’attachement. Le milieu scolaire n’étant pas adapté à ce type de profil, il a traversé plusieurs défis qui ont nécessité des ajustements importants. L’école à la maison nous permet aujourd’hui de lui offrir un environnement sécurisant et adapté à ses besoins, pour qu’il puisse se développer pleinement.
Avertissement : ces témoignages parlent d’intimidation et de santé mentale.

Edmond : Bonjour, je m’appelle Edmond et je fais l’école à la maison. Aujourd’hui, je vais interviewer Gabriel qui fait aussi l’école à la maison. Bonjour Gabriel.
Gabriel : Enchanté.
Edmond : Donc raconte-moi un peu ton parcours scolaire et ce qui t’a amené à faire l’école maison.
Gabriel : Mon parcours scolaire en maternelle, j’ai eu Louise à la petite école primaire des Cascades à Rawdon. En première année, j’ai eu Isabelle puis en 2e année, j’ai eu Laurianne, fait que dans le fond, je suis allé à la petite école de maternelle à la 2e année, l’école Saint-Anne qu’on appelle. Puis il y a eu la nouvelle école en 2019. J’ai fait ma 3e année avec Marie-Pierre puis ma 4e année avec Guillaume. Mais la COVID était là en même temps. Pendant la COVID en 3e année, il y a eu le confinement fait que on faisait des petits travaux à la maison. Puis de 4 et 5, j’ai eu des fermetures temporaires. Donc moi puis ma sœur, nous faisions des activités à la maison ensemble pour voir un peu les faits de l’école maison. Durant ma 4e année, en 2020, je l’ai fait au public. J’avais mes amis puis on faisait des projets ensemble. On avait du fun. (Mais) malgré ma dyslexie, je n’ai toujours pas eu d’aide techno (qui n’était pas prévu à cet école) avant la 6e année. (C’est pourquoi,) En 2021, j’arrive en 5e année. Nous décidions de m’envoyer à l’école Marianne, une autre petite école primaire à Rawdon qui s’est quand même bien déroulé ma 5e. Durant Marianne en 5e année, j’avais un ordi mais mes résultats ils étaient moyens parce que je n’avais toujours pas d’aide pédagogique. En 2022, je décide de faire l’école maison en 6e année. Tout se déroule bien. J’ai eu beaucoup plus de temps pour faire de l’électronique, des passe-temps que j’aime comme le tir à l’arc puis des projets pédagogiques.
Annie : Gabriel a commencé sa scolarité dans un cadre assez classique, fréquentant l’école de notre village sans soutien particulier et avec seulement quelques séances d’orthopédagogie, tous les services supplémentaires devant être payés en privé. Malgré la subvention pour l’intégration d’un enfant handicapé au CPE, ce soutien a disparu à son arrivée à l’école. Pendant le confinement, j’ai pris conscience de l’ampleur de ses lacunes, mais comme il était un petit garçon calme qui ne dérangeait pas, elles passaient inaperçues en classe. À peine âgé de 7 à 9 ans, il avait déjà le sentiment qu’il ne réussirait jamais. Le confinement a été une révélation : si le soutien n’arrivait pas rapidement, il fallait envisager une autre option. Nous avons financé des évaluations par une orthophoniste, réévaluées par l’orthopédagogue de l’école en 4e. Bien que les deux recommandations préconisaient un soutien technologique, il aurait fallu attendre la 6e année pour obtenir un ordinateur. Nous l’avons donc inscrit dans une école privée, mais ses résultats restaient en deçà de ses capacités. Il était clair que la quantité de matières à assimiler était trop importante et que se disperser rendait ses apprentissages éphémères. C’est pourquoi je lui ai proposé l’école à la maison pour l’aider à progresser en mathématiques et en français.
Edmond : OK. Qu’est-ce qui est différent pour toi maintenant que tu fais l’école à la maison ?
Gabriel : En école maison, j’ai beaucoup plus de temps pour gérer mon temps justement, gérer les activités que j’aime faire comme l’électronique. J’ai pu faire de la musique, j’ai pu m’acheter des instruments de musique puis j’ai pu faire des post que j’aime beaucoup comme faire du tir à l’arc puis mieux gérer mon temps. Ça m’aide beaucoup à me concentrer.
Annie : Je peux l’aider beaucoup plus facilement à surmonter ses difficultés lorsqu’il a besoin de différenciation, de soutien individualisé ou d’outils adaptés. Pas besoin de remplir une montagne de paperasse ou d’attendre l’intervention du CSS : je mets en place les stratégies nécessaires et les ajuste au fur et à mesure selon ses besoins.
Edmond : Tu as eu 92% en résolution de problèmes en mathématiques à ton épreuve du MEQ de 6e année en école maison comparé à l’école où tes résultats étaient plus dans les 60 %. Peux-tu m’expliquer comment tu as pu progresser autant ?
Gabriel : En école maison, ce qui est différent avec l’école, c’est que j’ai beaucoup plus de temps pour me concentrer sur mes travaux. J’ai beaucoup plus de temps pour prendre un meilleur sommeil, prendre des pauses quand j’en ai besoin. Ce qui a fait changer mes résultats. À l’école école, j’avais autour de 60 % puis en école maison, j’ai réussi à avoir un 92 en résolution de problème à mon examen du ministère…
Annie : Mon conjoint et moi avons toujours été à l’aise avec les mathématiques — j’ai même suivi les cours enrichis et des cours de statistiques à l’université. Sans être mathématicienne, j’ai vite compris ce qui bloquait les apprentissages de Gabriel : les fractions. Tant qu’il ne maîtrisait pas cette notion, impossible d’avancer vers l’algèbre, la trigonométrie ou la géométrie. Nous avons donc commencé par consolider cette base, en adaptant les exercices à son nystagmus (en travaillant en colonne plutôt qu’en rangée) et en intégrant de l’humour pour faciliter la mémorisation. En français, les défis demeurent importants — entre la dyslexie, la dysorthographie et le trouble d’accès lexical sévère — mais je reste confiante : avec de la patience et des stratégies adaptées, nous allons, là aussi, réussir à remonter la pente.
Gabriel : …Mais, en 2023-2024, je souhaitais retourner à l’école. Donc en secondaire 1, je souhaitais retourner à l’école. Avant de commencer mon secondaire 1, mon médecin m’avait prescrit une classe adaptée ainsi qu’une médication pour mon TDAH. Durant mon secondaire 1 en 2023, j’ai été dans une classe PP et non une classe de soutien émotionnel. Donc cela n’a pas beaucoup aidé mon parcours scolaire.
Edmond : Comment as-tu vécu ça ?
Avertissement. Cette partie du témoignage pourrait ne pas convenir à certains téléspectateurs. Le jugement des parents est conseillé.
Gabriel : Puis est arrivé tous les problèmes d’un groupe d’intimidation puis de cyber et hyper problème que ça a mal viré et c’est une des raisons pourquoi je suis revenu en école maison.
Annie : À l’adolescence, les enjeux de santé mentale deviennent encore plus présents. Chez les jeunes comme Gabriel, exposés prénatalement à l’alcool ou à la drogue, près de 94 % présentent des troubles de santé mentale, et le taux de suicide est sept fois plus élevé que la moyenne. Dans le cas des drogues, Gabriel a 33 % plus de risque de développer une schizophrénie s’il venait à consommer les substances auxquelles il a été exposé avant sa naissance. L’intégration au secondaire est déjà complexe pour bien des jeunes, mais pour nous, parents de cœur, cette réalité ajoute une couche d’inquiétude supplémentaire. Selon une étude de CanFASD, la période scolaire est d’ailleurs la plus difficile pour les familles d’enfants vivant avec un TSAF. La classe de soutien émotionnel prescrite par son pédiatre, qui comprend bien la réalité des enfants adoptés, n’était donc ni un caprice ni une simple mesure liée au TDAH. Le refus de l’école et du CSS d’honorer cette prescription a eu des répercussions majeures sur la santé mentale et son intégration sociale de Gabriel. Nous avons donc pris la décision de le retirer de l’école en mai, avant que la situation ne tourne au drame.
Edmond : Comment l’école maison suite à tout ça t’a-elle aidé à te sentir mieux ?
Gabriel : Comment je me sens ? Je me sens beaucoup plus libre parce que j’ai pu me concentrer à investir du temps dans d’autres affaires, à me changer les idées de mieux en mieux. J’ai pu m’acheter mon scooter, j’ai eu du temps pour faire mon cours de scooter, j’ai eu du temps pour faire des passions que j’aime puis, des métiers, euh, pas des métiers mais des activités que j’aime bien.
Annie : J’ai enfin retrouvé mon fils, mon Gabi souriant, affectueux et farceur. Quel bonheur de le voir à nouveau épanoui après l’avoir vu s’éteindre pendant un certain temps. L’adaptation demande des efforts et du temps, bien sûr, mais chaque instant de ce renouveau en vaut profondément la peine.
Edmond : Comment vois-tu la différence aujourd’hui et comment cela t’aide-t-il en école maison ?
Gabriel : La différence par exemple de son 2 en comparaison d’1 au secondaire, j’ai eu beaucoup de problèmes. J’ai eu des histoires de dépression, d’intimidation et cetera que je n’ai pas aimé cette passe. Ainsi qu’en 2 mes forces, ben ça a été que j’ai eu beaucoup plus de temps pour faire mes travaux. J’ai eu du temps pour aller faire les jeux du Québec. J’ai eu du temps pour faire des passions que j’aime comme de l’électronique, aller aider mon père dans de la construction. J’ai même créé ma petite entreprise d’entretien paysager puis de réparation d’électronique. Donc j’ai beaucoup plus de temps puis j’ai beaucoup plus de, comment je pourrais dire, de mais pas mal plus de temps pour faire les passions que j’aime.
Annie : Gabriel apprend de façon remarquable lorsqu’on lui offre des expériences concrètes. C’est un jeune autodidacte, curieux et débrouillard. Même si les statistiques liées au TSAF sont souvent peu encourageantes quant à la transition vers la vie adulte, je suis convaincue que notre choix de faire l’école à la maison fera une réelle différence. Le rythme du milieu scolaire est simplement trop rapide pour lui, avec trop d’attentes, alors qu’il peut relever de grands défis lorsqu’on lui accorde le temps nécessaire. Ce n’est pas un hasard s’il insiste autant sur cette notion de temps. La course au diplôme d’études secondaires devient contre-productive pour des profils neuroatypiques comme le sien. Gabriel possède d’excellentes aptitudes d’entrepreneur et, j’en suis certaine, il tracera son propre chemin — même s’il est un peu hors des sentiers battus.
Edmond : OK. Tu as participé aux jeux du Québec. Comment l’école maison t’a-t-elle aidé à te préparer ?
Gabriel : Les jeux du Québec, j’ai pu participer grâce à l’école maison. J’ai eu beaucoup plus de temps pour m’entraîner, du temps pour avoir du repos puis ainsi que beaucoup de temps de concentration pour être sûr d’être prêt durant les Jeux du Québec. Puis je tiens à dire que les Jeux du Québec a été une expérience inoubliable durant mon année 2025.
Annie : D’ailleurs, nous avons voulu l’inscrire en programme sport-études à distance, mais vivre en région rend presque impossible de trouver un entraîneur capable d’assurer les 15 heures par semaine exigées par le MEQ pour ce type de programme. Pourtant, Gabriel a bien participé aux Jeux du Québec et pourrait facilement s’entraîner 15 heures par semaine, mais pas avec un entraîneur qualifié pour former des athlètes olympiques. Selon moi, les exigences pour les programmes sport-études à distance sont beaucoup trop élevées, et c’est décevant pour un jeune qui espérait enfin voir son talent reconnu.
Edmond : Donc comment l’école maison t’a-t-elle aidé à développer tes talents et tes intérêts que tu ne pouvais pas développer autant en classe ?
Gabriel : Dans le fond ma fin d’année 2025 2026 pour mon secondaire 3 et 4 j’ai beaucoup plus de temps pour aussi apprendre des nouvelles des nouveaux métiers comme j’ai appris de la mécanique, j’ai appris de la construction avec mon père. J’ai beaucoup plus de temps. J’ai eu du temps pour faire mon cours de scooter puis pouvoir tout faire les cours en école maison. Tout ça en même temps de faire mes devoirs, mes travaux obligatoires puis tous les travaux dont je dois faire.
Edmond : Qu’est-ce que tu aimes le plus dans le fait de pouvoir organiser ton agenda à l’école maison ?
Gabriel : Dans le fond sur 3 et 4, ben d’organiser mon agenda fait que j’ai beaucoup plus de temps pour faire des passions comme la mécanique, j’ai beaucoup plus de temps aussi pour aller faire mon cours de scooter puis aussi d’organiser quand j’ai besoin de faire des pauses ou autres en école maison, ben je fais mes travaux puis quand j’ai besoin d’une pause, ben je peux demander à la faire ou juste la faire puis reprendre ma meilleure forme après. Ce qui aide beaucoup en école maison, c’est d’avoir beaucoup plus de temps certes, mais aussi de pouvoir faire ses travaux, de pouvoir prendre des pauses puis de dormir, d’avoir un meilleur sommeil parce qu’en école, mettons à l’école quand j’étais en 1, ben je n’avais pas de sommeil du tout parce que à l’école ben j’avais beaucoup j’avais un stress constant qui m’empêchait de dormir, qui me faisait faire de l’insomnie. Oui, j’en ai encore un peu aujourd’hui mais beaucoup moins pire qu’avant.
Pour mes projets futurs, ce que j’aime le plus personnellement, ben la construction avec mon père, j’adore ça. Le tir à l’arc aussi je veux essayer les cadets justement cette semaine. J’aime beaucoup mais énormément de faire de l’électronique, de la programmation. J’aime aussi faire de la mécanique avec un de mes amis du nom de Raf, ainsi que faire de la musique puis être un peu reconnu comme un DJ. J’adore ça. Animer des partys aussi, c’est le fun. Donc ça peut peut-être être des projets futurs ou même des métiers futurs. Dans le fond, ben les ce que je ne pouvais pas trop développer en classe, ben c’est que j’ai beaucoup plus d’expérience en école maison. En école maison, j’ai pu aller aider mon père sur un chantier dont il y avait l’autorisation de m’amener et cetera. J’ai beaucoup plus de temps aussi faire les cadets, essayer beaucoup de de métiers puis beaucoup d’activités qui pourraient peut-être être un métier éventuellement comme la programmation, l’électronique, la construction de la mécanique, être DJ, il y a plein d’affaires qui peuvent aider aussi.
Edmond : Donc si tu pouvais donner un conseil à un autre élève qui a des besoins comme les tiens, que lui dirais-tu ?
Gabriel : Bah mon conseil personnellement pour un autre élève, si à l’école il y a beaucoup trop genre d’intimidation, de mauvaises notes puis de pas de confiance en soi, mais que la personne se rabaisse si elle peut aller à la maison qu’elle fasse parce que oui, OK, tu n’as moins pas que tu as moins d’amis mais tu as moins de vie sociale. Que c’est moins le fun sur ce côté-là, mais les notes au moins ils augmentent puis il y a beaucoup plus d’activités que la personne peut faire en école maison qu’à l’école école. Tu sais personnellement entre me faire intimider, me faire gosser à l’école puis être seul à la maison, me découvrir plein d’affaires. J’aime beaucoup plus être à la maison puis découvrir plein d’affaires qu’avoir des amis qui se transforment ennemis ou ça a fini mal à l’école.
Annie : Mon conseil aux parents dont les jeunes traversent des épreuves en milieu scolaire serait d’abord de suivre leur instinct. Même si j’ai complété des cours universitaires en orthophonie, neurodidactique, psychologie et technologie éducative pour mieux comprendre et soutenir mon enfant, c’est souvent l’intuition et le fait de choisir mes batailles qui m’ont guidée vers les meilleures décisions. S’il n’y avait qu’une seule démarche à entreprendre, je recommanderais de découvrir les travaux du chercheur Steve Masson en neurodidactique et de lire L’apprentissage visible pour les enseignants de John Hattie. L’enseignement individualisé, la pédagogie active et concrète sont, selon moi, bien plus efficaces que le modèle traditionnel où la gestion de classe prend souvent le dessus. Certes, il faut parfois adapter son horaire ou revoir ses revenus, mais comme le dirait MasterCard : voir son enfant s’épanouir, ça n’a pas de prix.

